Panama, terre inconnue

"Pour bien aimer un pays il faut le manger, le boire et l'entendre chanter"

Devendra Banhart - Quedate Luna

Adanowsky - Nunca te Amé

Jarabe de Palo - Bonito

Devandra Banhart - Brindo

J-3

Ce qui me manquera le plus, ce sera de ne plus vivre pieds nus tous les jours. De ne plus voir le soleil se lever TOUS les matins sur les gratte-ciels de Panama. De ne plus avoir le temps de rêvasser. De ne plus entendre chanter l’espagnol en sortant de chez toi.

Je ne sais pas si c’est toujours comme ça quand tu établis ton campement à l’étranger mais ces quelques mois m’ont laissé apaisé. J’imagine que c’est le soleil, il te fait mollir et tu prends les choses avec plus de sérénité.

Les gens sont tellement différents de l’Europe ici, de par leur histoire, leur culture, leur climat. Ça m’a rendu plus tolérante (je crois). Le tout c’est finalement de suivre son propre chemin non ?

Maintenant, il ne me reste plus qu’à gagner un peu d’argent pour repartir, du côté de Cuba, de Bogota, du Venezuela ou de la Bolivie.

A moi la France dans 3 jours. Je revois déjà ma maison, mon chat, les rues de Paris pluvieuses, les nuits à l’infini sur les pavés glissants, les copains, les bons bouquins, les verres de vin, les tartines de fromage et les tartes à la fraise !

Bocas del Toro

C’est un archipel d’îles au large de la mer des Caraïbes, près de la frontière.

On a encore passé plus de 10h dans le bus, la  clim à fond. Ici, pas de demi-mesure au niveau de la température. Arrivés au petit matin, on s’est fait embarqué par le taxi jusqu’à une lancha, une barque à moteur qui fait office de taxi sur l’eau. Ils sont nombre autour des îles de Bocas, seuls moyens de locomotions. Et la mer des Caraïbes au petit matin, c’est un peu Aladin et son rêve bleu. Il y a le bleu de l’eau, profond par endroit, puis translucide. La mer est placide, pas une vague. Juste une étendue bleue dans laquelle se reflète le ciel. Le ciel, bleu aussi, poudré de traînées blanches, se mouvant au-dessus de l’eau. Les couches de nuages apparaissent toutes différentes, en formes, en hauteurs.

Et tu flottes au-dedans, dans ce bleu parfait des tropiques.

On a passé nos journées dans notre petite cabane sur pilotis. L’échelle nous emmenait directement dans l’eau claire des Caraïbes. On a vu des étoiles de mer, des dauphins, des grenouilles rouges et des raies, et pleins de poissons colorés. On a nagé avec eux, fait du snorkeling (masque et tuba), touché les coraux au large de l’île Bastimiento.

On a pris le soleil toute la journée pour finir pas aller siroter des verres dans la soirée, sur des balancelles qui t’envoyait directement dans l’eau. La musique était parfaite, un mélange de rythmes cubains locaux la journée et de l’électro lounge le soir pour satisfaire les backpeckers européens qui sont foules dans l’archipel.

Mon seul problème a été ma rencontre avec les chitras, les moustiques les plus méchants que j’ai rencontrés jusqu’ici. Je ne me suis jamais autant fait piquée, partout. Des démangeaisons à n’en plus finir. Un papi a même eu pitié de moi dans la superette et m’a étalé un peu de sa crème anti-démangeaison sur les bras. Cette histoire a duré une semaine (et c’est vraiment très long). Là, ça va mieux, j’ai juste gardé la couleur dorée d’avoir passé toutes ces journées au soleil.

Qui est ce qui aura bonne mine en rentrant en France ? …

Mais qu’est-ce que je fous là ?

Lucie, 3h du matin, à dos de volcan

Et la descente ?

Le pire, c’est la descente. Parce que  finalement tu sais que la montée va être atroce. Ton esprit n’est pas assez bête pour penser que ça peut être vraiment chouette de grimper pendant des heures. Mais il arrive très bien à se persuader que la descente sera une délicieuse libération. D’où le découragement final. Quand la descente n’en finit pas, quand tu ne vois même pas en bas la vallée parce que tu descends dans les nuages (l’expression est trop belle pour ce que ça signifie concrètement même si je me suis AUSSI émerveillée de marcher dans les nuages).

Et puis quand même, il y a un moment où tout lâche, tu te mets à rire nerveusement (de détresse en fait) parce que tu es là avec les pieds explosés, les genoux cassés, les vêtements crasseux, perdue au milieu de la jungle en plein cœur des Amériques, que tu te dis que franchement là tu n’y arriveras pas et pourtant, pourtant il faut bien redescendre hein. On ne va pas dormir ici. Tu ne peux pas lâcher maintenant. Alors tu te sens une mamie dans la montagne, tu tiens tes hanches, tes jambes flanchent de temps à autre, tes pieds dérapent sans que tu n’aies la force de les retenir.

Un jour, tu arrives en bas. Tu prends un taxi, tu te meurs à l’intérieur. Tu n’as pas faim, pas soif, tu veux juste dormir.

Les jours suivants, tu as mal.

Les jours suivants les suivants, tu te dis que si tu as marché 10h dans la montagne, tu n’as aucune excuse pour ne pas aller faire ta demi-heure de footing/jour. Tout une question de volonté. Et de « pas le choix » un peu aussi.. ;)

Vue du Baru

Vue du Baru

Le Volcan Baru

Je voulais vraiment le faire. J’en avais parlé à mes collocs dès mon arrivée au Panama. « Il faut monter le Volcan Baru les gars. A 4000m au-dessus du sol. Pensez à la vue en haut, au dépassement de soi. Ouais c’est 10h de marche aller-retour dans-des-sentiers-escarpées-caillouteux-à-pic-et-sans-fin mais c’est un beau défi non ? » Quand c’est déjà un défi d’enfiler son jog pour faire du footing, on pourrait se demander pourquoi je me suis mis ça en tête. Et comment j’ai réussi à les convaincre.

En attendant, je n’ai pas déchanté et j’ai gardé mon objectif en ligne de mire. Nous avons donc organisé notre « petite » excursion dans les hautes terres (oui hautes terres pour un Panama en général plat et au niveau de la mer) de Chiriqui, au Nord du pays.

Nous avons débarqué dans le village de Boquete, pleins d’orchidées et de jolis backpackers, avec nos lampes frontales dans le sac, les chaussures neuves au pied, le foulard qui va bien pour ne pas prendre froid, des sucreries dans les poches et les 3L d’eau sur le dos.

Après un orage un peu angoissant qui nous a laissé le temps de penser que nous allions concrètement escalader un volcan en pleine nuit, nous avons retrouvé notre guide vers 22h30.

Pour dire les choses simplement, nous avons donc grimpé de 23h à 5h du mat à dos de volcan. Dans la nuit noire, j’ai pu observer chaque foutu caillou à la lumière de la lampe frontale. Car rien n’est une partie de plaisir dans la montée. Hormis les moments où tu te laisses choir par terre et que tu engloutis un morceau de quelque chose dans l’espoir vain de te redonner un peu de force.

Passées 2h de marche en pente raide, tu es dans le mal quand tu sais qu’il en reste 4. Tu as chaud, tu transpires, le dos trempé, la lampe frontale t’ayant déjà laissé et depuis longtemps une marque rouge sur le front. Tu avances un peu, tu glisses, tu te reprends, rares sont les conversations puisque tu manques de souffle. Et si tu ris, tu es obligée de t’arrêter. Mieux vaut éviter.

« A la fin », tu affirmes toutes les 20 minutes qu’il reste 20 minutes. En fait, à partir du moment où tu vois la lumière au sommet, il reste 2h.

Je n’explique pas comment tu imagines la vague de bonheur arrivé en haut. Mais NON. En haut, il est 5h du matin, il fait nuit noire, il y a un genre de centrale électrique plus ou moins désaffectée et il fait surtout 5° à tout casser. Trempée de sueur (oui supra glam), tu sens le froid s’engouffrer du bas du dos jusque dans le creux de ton cou, tes membres refroidis te brûlent étrangement en même temps que tu essaies d’avaler un sandwich jambon qui ne veut pas passer.

Mais à 6h, la brume se dessine au-dessous de toi, le ciel, de noir, devient bleuté, puis rose, soudain orange, puis s’enflamme en traînées rougeoyantes pendant quelques minutes et laisse le soleil percé au loin, puit de lumière qui réchauffe ton visage et tes mains. Enfin, l’aube passée, le ciel s’étire en bandes violacées, jusqu’à se parer du si parfait bleu azur tandis qu’au-dessous, une mer de nuage habille et déshabille dans une danse longiligne les monts et les pics qui nous entourent.

Et alors là, moi qui m’émerveille du moindre soleil au couchant, de la lumière dorée de l’aurore quand j’ouvre les yeux, moi qui possède les nuages sur des centaines de clichés et qui se fait maintenant houspiller à force de lancer quotidiennement des « mais regardez donc ce ciel !!!… », j’ai été SCOTCHEE. Amarrée à mon rocher, j’ai pris plein les yeux de l’immensité bleue qui se déroulait devant moi.

Et pour cette unique heure passée là-haut, cette saleté de montée valait la peine.